Le 5 octobre en librairie

L’idée de ce livre est née en mars 2006, quand Philippe Besson a publié un faux roman dans lequel il prenait la voix de Christine Villemin pour donner sa vision de l’affaire de la Vologne. Il pleurait à sa place au cimetière. Il racontait son histoire d’amour à sa place avec Jean Marie Villemin. L’écrivain était sincère dans son obsession à vouloir dire « je ». Il se sentait autorisé à reconstruire le drame avec des mots léchés, des phrases en suspens. Je me suis exprimé plutôt violemment dans la presse pour dire ce je pensais de l’initiative. Qui étais-je pour faire de la morale ? Ce livre est né là. C’est une histoire brute. Brutale. Non reconstruite. Elle est destinée à ceux qui se souviennent de ce qui s’est passé au bord de la Vologne et à ceux qui ne se doutent de rien. J’ai repris mes articles de Libération et les autres. En relisant, je me suis remis dans les états dans lesquels j’étais à cette période. J’ai demandé à mon copain Denis Mousty de retrouver des photos d’époque. On y sent cette frénésie, ce climat de mise à mort. J’ai appris le journalisme au bord de la Vologne. Je l’ai désappris aussi. Je voulais aussi montrer que le type qui écrit "la domination du monde" a appris "le métier" vingt ans plus tôt en grattant sur la mort d'un enfant... C’est sous la ligne bleue des Vosges que tout s’est joué pour moi entre 1984 et 1985. Un stage de formation ultra-intensif. J’ai été pris dans un shaker médiatico-judiciaire dont je ne suis pas sorti indemne. Même si, contrairement à d’autres, j’en suis sorti… On m’avait souvent demandé d’écrire là dessus. Des scénarios, des livres, des adaptations. J’avais toujours refusé. Comme s’il y avait une période de deuil à observer. Comme si je craignais un nouvel embrasement. Une autre raison me bloquait. Quand la réalité dépasse la fiction, inutile de lui courir après. Autant la restituer sans tricher. Histoire de dire aux autres : voyez par où nous sommes passés…
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