22.9.07


Bodyguard

J’étais parti quelques jours à Jersey rejoindre mes copains Gus et Delépine qui finissaient le tournage de leur prochain long métrage « Louise Michel » avec Yolande Moreau et Bouli Lanners. C’est l’histoire d’une ouvrière qui va utiliser sa prime de licenciement pour retrouver et faire buter le « fumier » responsable de la fermeture de son usine. De comptes off shore en avocats véreux, Louise et son Bouli de tueur à gage vont atterrir à Jersey dans la propriété d’un milliardaire qui a la particularité d’avoir un garde du corps boiteux qui invite chaque visiteur à chausser des patins. Je joue ce bodygard. C’était dépaysant et amusant.
A mon retour, ma boîte mail craquait de courriers tous plus urgents les uns que les autres sur les affaires en cours. Je voulais écrire tranquillement, me remettre dans ce roman que j’ai lâché depuis la fin du mois d’août. Et ce n’est pas possible. Si je veux sauver ma peau dans ce merdier qu’est devenu Clearstream 1,2,3,4, il faut que je me défende et que je me fasse entendre. Les conclusions d’avocats tombent en cette fin de septembre, comme les feuilles du bouleau de mon jardin. Et les tracas de nos dirigeants.
Dominique de Villepin mélangent les vérités et les mensonges. J’adore quand il charge Rondot et Gergorin. Hier, Sarkozy, dans son allocution télévisée a fait la même chose. J’adore quand il fait mine de ne pas connaître « cette banque où je serai censé avoir un compte ». Je regarde, j’écoute, je lis. J’ai un avantage sur tous les acteurs de cette saga qui continue, à ma relative surprise, à passionner les médias. Je suis le seul à être entré dans cette histoire pour de nobles raisons, ce souci de transmettre de l’information. J’étais édifié parce que je voyais, vivais, entendais. Je voulais comprendre et faire savoir. J’étais seul contre tous au cœur du drame qui était en train de se nouer. Personne ne parlait de Rondot ou de Gergorin. Personne n’avait entendu parler de Lahoud. J’ai dû me débrouiller avec cette pression, ces confidences. J’ai fait ce que j’ai pu. Je ne crois pas m’être beaucoup trompé, ni avoir commis d’erreurs. Les lettres, les mails et les notes que j’ai conservés en témoignent.
En juillet 2004, quand le Point a fait sa une sur une affaire d’Etat, je me souviens de ma surprise. Pour moi, c’était une affaire qui dépassait largement ce cadre. Nagy de Bocsa n’était qu’un caillou dans un torrent de boue. En y réfléchissant, j’ai manqué de jugeote sur la propension des journalistes et plus particulièrement des patrons de presse à se faire manipuler. A oublier l’information. La hiérarchie de l’information. A enquêter où on vous dit d’enquêter. A suivre les traces des juges. A balancer sans réfléchir les pv qu’on vous donne. A jouer sur l’émotion et sur la rentabilité à court terme. A laisser filer le torrent sans jamais se demander pourquoi tout paraît si manichéen.
Dans une autre vie, je serai bodyguard. C’est plus dangereux comme job mais moins compliqué.

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