22.11.06


Bonjour,
D’un internaute, j’ai reçu ce message...

"Hello Denis,
je pense que pour éviter que les gens se posent la même question que
moi (mais je suis très parano) il faudrait que vous parliez de cette
initiative chez vous et que eux, puissent faire un lien vers votre
commentaire (dans cet ordre). Cela éviterait que l'on s'interroge sur le
truc (genre, c'est pour de vrai ou c'est un truc qui surfe sur l'image
de Denis Robert).
Amicalement, A.C."

Donc, je confirme bien volontiers. Une bande d’amis a décidé de prendre le taureau par les cornes et de créer une association de soutien qui sera bien utile vu le gros temps qui profile.

Pour plus de détails, > cliquez ici

À part ça, le combat continue.
Les Inrocks publient cette semaine un texte que le Monde avait refusé, sous prétexte qu’il était diffamatoire.
Jugez par vous même.


"Nous sommes tous des receleurs

Donc, le Parquet de Paris veut me faire mettre en examen pour recel d’abus de confiance. Donc, les juges refusent, pour l’instant, de se soumettre à ce dictat. Rien n’est dû au hasard dans cette affaire Clearstream. Jamais.

Il est toujours très difficile pour moi d’endosser les oripeaux de la victime. J’écris des livres, je fais des films qui sont difficiles et s’attaquent à des pouvoirs financiers puissants. Il est normal que ces derniers se défendent.

Clearstream et son armée de juristes et d’avocats avaient d’abord cru bon de se constituer partie civile dans le dossier du corbeau instruit par les juges d’Huy et Pons en invoquant « un vol et recel de vol de secret bancaire ». Ils se sont rendu compte, pour des raisons de prescription, que ce motif ne tenait pas... Ils ont donc dû se creuser la tête... Je dis « ils » car je mêle ici Clearstream et le Parquet de Paris... Les avocats de la banque des banques ont forcément consulté les magistrats. Des intérêts communs sont à l’évidence nés. Pour Clearstream, la question est toujours la même : comment coincer Denis Robert et son nouvel informateur, l’informaticien Florian Bourges ? Pour le Parquet, courroie de transmission de la Chancellerie et de Matignon, la question pourrait être : comment inventer de nouveaux rideaux de fumée dans cette affaire ?

Là intervient un nouvel acteur (cf. Libération du 30 octobre) qui, visiblement, ne demandait rien à personne : le cabinet d’audit Barbier Frinault. On est allé les chercher pour déposer plainte contre nous. L’histoire est particulièrement tordue. On constate que des magistrats, au Parquet de Paris et à la Chancellerie, se font ici les complices d’une stratégie très acrobatique à notre égard.

Florian Bourges était un de mes informateurs dans mon enquête sur Clearstream. Ecoeuré de voir que ses supérieurs chez Arthur Andersen ne prennent pas en compte ses rapports révélant des anomalies informatiques à répétition lors de l’audit effectué dans le cadre de sa mission à Clearstream, il me contacte. Et me remet des pièces compromettantes pour la multinationale. Entre autres, ces fameux listings qui font couler tellement d’encre aujourd’hui. Il me faut une fois de plus préciser qu’il n’y a jamais eu de motivations financières pour lui, comme pour moi, dans la publication de ces documents. Et que je n’aurais jamais divulgué son identité s’il n’avait pas été contraint de témoigner dans l’affaire dite du corbeau.

J’ai utilisé ces listings dans mon livre La boîte noire en 2002 et dans notre film L’affaire Clearstream racontée à un ouvrier de chez Daewoo en 2003. C’est cette utilisation qui nous vaut aujourd’hui les demandes de sanction du Parquet de Paris.

Ces listing répertorient 33 000 références de comptes ouverts à partir de la multinationale à Luxembourg sur toute la planète. Ils donnent une incroyable cartographie de la finance mondiale, en particulier celle qu’on ne montre jamais : la finance parallèle.

Grâce à ces listings, on constate que des milliers de comptes ont été ouverts dans des paradis fiscaux par Clearstream. Sur 106 pays innervés par les fonds de la multinationale, on note que plus de 40 sont des paradis fiscaux. Les documents de Florian Bourges montrent aussi que toutes les banques honorablement connues - BNP,Crédit lyonnais, Société générale, pour ne citer que les françaises - ont des centaines de filiales dans des paradis fiscaux. Ils montrent également, de manière éclatante, au moins jusqu’en 2002, que la firme mentait quand elle indiquait n’avoir comme clients que des institutions respectables. Ceux qui douteraient peuvent jeter un œil dans les annexes de mes livres et consulter la liste des sociétés off shore ayant ouvert un compte à la banque des banques luxembourgeoise. Les plus paresseux qui douteraient encore de la véracité de mon propos peuvent visionner mes films (1), dont le dernier n’a pas été attaqué.

Ce n’est pas tout. Le témoignage de Florian en tant qu’auditeur d’Arthur Andersen vient crédibiliser celui de Régis Hempel, l’ancien chef de l’informatique, qui assurait, entre autres devant la mission d’enquête parlementaire française de Vincent Peillon et Arnaud Montebourg, que la firme effaçait des transactions, en créant de fausses pannes informatiques. Cet effacement visait, selon Hempel, à dissimuler la provenance ou la destination des virements. Florian Bourges ne va pas jusque-là mais indique que toutes ses découvertes d’anomalies informatiques lors de l’audit ont été en quelque sorte elles aussi « effacées » par sa hiérarchie chez Arthur Andersen. Et ceci dans le but vraisemblable de ne pas gêner le client. Rappelons que ce rapport d’audit n’a jamais été rendu public.

Voilà la première utilité des listings de Clearstream et du témoignage de l’auditeur informatique Florian Bourges. Voilà pourquoi mes livres et mes films sont gênants pour les banques et pour Clearstream. Et utiles, je crois bon de le rappeler, à l’information des citoyens.

Voilà pourquoi je suis susceptible aujourd’hui de me faire condamner à trois ans d’emprisonnement et à 375 000 euros d’amende (selon Reporters sans frontières). Voilà l’essentiel.

Florian Bourges et moi n’avons strictement rien à voir avec la falsification des fichiers. C’est nous qui révélons les manipulations d’Imad Lahoud et de Jean Louis Gergorin dans mon livre Clearstream, l’enquête. Et c’est Florian, seul, en conscience, sans que je cherche à l’influencer, qui décide de parler aux juges.

Le reste, c’est du vent. De la mauvaise littérature. Le reste, c’est la stratégie du Parquet ou de Clearstream qui vont chercher ce cabinet d’audit dont je rappelle le nom, Barbier Frinault.

Pourquoi ce cabinet ? Parce qu’Arthur Andersen, l’employeur de Florian Bourges, l’auditeur de Clearstream, a trempé dans l’affaire Enron et a été mis en liquidation... Parce que Barbier Frinault sont les repreneurs d’Arthur Andersen... Ils n’ont évidemment subi aucun préjudice direct de notre part... Je sais, parce que je me suis renseigné, qu’ils n’avaient aucune envie d’être cités dans ce dossier. Leur mission (audit, expertise comptable, bureaux à Neuilly) demande d’abord de la discrétion... Pourquoi prendre le risque de sortir ainsi du bois ? Pourquoi participer à l’édification d’une procédure aussi alambiquée ? Pourquoi entrer dans ce jeu ?

La première tentative judiciaire initiée par Clearstream, le vol et recel de vol de secret bancaire, était bancale. Il fallait donc trouver autre chose. Pourquoi pas l’abus de confiance et son recel ? Voilà le sens de la demande de mise en examen du Parquet. Tenter de trouver une procédure dilatoire qui en soit pas prescrite... Voilà à quel jeu se prêtent des magistrats.

Un texte écrit et signé par des journalistes, des éditeurs ou des producteur est consultable en ce moment sur la web (2). Il s’indigne de ces pratiques manœuvrières. Les premiers signataires disent à quel point le combat pour la liberté d’informer est en jeu dans ce bras de fer initié par le pouvoir politique. J’en suis très heureux. Si le parquet insistait, si les juges suivaient finalement des réquisitions supplétives et si Florian Bourges ou moi étions un jour condamnés pour des motifs aussi futiles, les journalistes de ce pays pourraient ranger leurs stylos et entrer en clandestinité. Nous qui écrivons sur ces sujets sensible –les affaires, la politique, la finance- sommes en effet tous des receleurs en puissance.

Le Parquet de Paris et son représentant Jean-Claude Marin, le garde des Sceaux Pascal Clément et le Premier ministre Dominique de Villepin, forcément associés dans cette atteinte grave à la liberté d’écrire, ont cette fois poussé le bouchon trop loin. Il faut se croire vraiment intouchables, être cyniques et peu soucieux de justice et de démocratie, pour se lancer dans une pareille bataille. Rien de ce que ces trois personnages viennent de monter dans ce petit trafic n’est honorable."

Denis Robert

(1) édités en DVD chez Bac Films
(2) www.tousdesreceleurs.com


4 Comments:

Anonymous Anonyme said...

Un véritable scandale financier:
Pour faire passer la fusion GDF Suez le gouvernement est, dit-on, prêt à mettre 5 milliars d’Euros sur la table, au profit des actionnaires de Suez..
Ce chiffre peut paraitre abstrait. Selon mes calculs - et sous votre contrôle- cela représente le salaire de 130 000 infirmières pendant 10 ans.
Jusqu’où iront ils?

12:56  
Anonymous Anonyme said...

bonjopurs,
j'ai un amis informaticien qui travail dans une boite informatique de paris qui travail essentiellement avec les banques sur les systems as400, qui vient de m'avouer qu'il passait son temps à créer des racourcies entre des banques et des comtes cachés !!! il est devenu paranoiac ... je sais plus quoi faire pour lui ... maintenant il part travailler dans les doms pour faire du dumping social, voila il est beau le liberalisme !
c'est une belle saloperie ...
vive denis R.
cordialement

15:30  
Anonymous Anonyme said...

Faut-il absolument voir dans votre audition l'effet d'une décision "prise au plus haut niveau de l'état" ?

J'ai la forte intuition que les juges d'Huy&Pons, eux aussi à un certain moment, se sont fait enfumer par Ihmad Lahoud. Il leur aura fait miroiter d'être les tombeurs de Villepin. Et maintenant, la réalité leur a infligé une certaine vexation.

Alors bon, faut bien passer ses nerfs sur quelqu'un (vous ?), et puis, tant qu'ils se maintiennent dans la posture du juge enquêteur, peu de gens songeront à remettre en question la qualité de leur travail.
En résumé, méfiez vous de ces deux là. Leurs précédentes façons de faire ne plaident pas en faveur de leurs qualités humaines.

05:59  
Anonymous Anonyme said...

il n'y a pas si longtemps que cela, dans une affaire qui a intéressé toute la France, un ami avocat - qui me l'a dit par téléphone, au cas où... - a reçu des "envoyés" qui lui ont dit de changer complètement sa façon de plaider, et bien évidemment il s'est incliné; quand on reçoit des "envoyés" qui vous disent ça,c'est qu'ils ont des motifs spéciaux; mais le plus ahurissant c'est que, s'entretenant à la suite des débats avec le président du tribunal, à qui il a dit qu'il ne reconnaissait pas l'esprit de ce que le président souhaitait dire, ce dernier lui a confié que lui aussi "avait reçu des envoyés" qui lui avaient fait pour ainsi dire la leçon avant l'audience...
peut-être qu'on va retourner au XIX siècle, et que Béranger et Paul-Louis Courier vont retourner en prison

04:11  

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