30.3.08

Apnée8


Au début, j’écrivais à la main. Je griffonnais à longueur de journée dans des carnets, sur des bouts de nappes, des cartons de bière. J’étais allergique aux machines à écrire. Trop lentes. Les sténos de Libé étaient rapides comme l’éclair. Je dictais mes articles de cabines perdues en pleine cambrouse à un magnétophone qui n’attendait que moi dans un bureau à Paris. Les ordinateurs ont débarqué comme une évidence pour tous. J’ai été un des derniers au journal à en récupérer un. J’étais malheureux comme un ouvrier à qui on aurait volé son marteau, sa pelle, sa tenaille et qu’on aurait placé subitement devant une machine-outil. Avec ses gros doigts. Le travail serait effectué plus rapidement, sans imperfections. Mais bon.
Les rayures, les aspérités, les mots de travers, j’aimais ça. Je tapais avec un doigt, puis deux. J’avais l’impression de vivre au ralenti. Puis j’ai trouvé le rythme et il ne m’a plus quitté. Je me suis mis à taper de plus en plus vite. J’ai pu envisager un premier roman. Je l’ai d’abord écrit à la main, pour le retaper sur une vieille Underwood qui alignait systématiquement deux e à la place d’un. Ensuite, j’ai projeté mes mots sur des écrans.
J’ai changé neuf fois d’ordinateurs, une horreur de pc Toshiba et huit Mac qui sont devenus mes amis. Maintenant, on me propose des logiciels de reconnaissance vocale pour être plus efficace. Un ami veut m’installer une caméra numérique pour balancer tous les jours le journal de ma vie sur un site visité quotidiennement par des dizaines de milliers de gens. Tout ce que j’ai vécu ces derniers mois m’amène vers les nouveaux médias de l’Internet. On me propose des blogs, des petits films vidéos sur Youtube, des chats. Mais je résiste.
Quelque chose d’imprévisible est en train de nous arriver. L’outil qui sert à écrire et le support sur lequel on inscrit nos phrases a une incidence sur notre manière de penser. La connexion permanente sur le monde en mouvement est obsédante. L’outil conditionne la pensée. Mes idées, mes visions, mes sentiments filent. Je veux les saisir, les divulguer, partager, convaincre, témoigner. Je crois les attraper si je les expédie par écran interposé. L’outil tue la pensée par excès de réactivité. En me livrant sur le net, je suis en train de mollir, de me diluer.
Je préfère les livres même s’ils sont gros et chers et longs à mettre en place, même si tout me pousse à écrire vite dans de petits modules puis à les jeter au plus grand nombre. Ce travail de restitution rapide est sans issue. Petit à petit, face à la profusion, la voix s’éteint. La gratuité de ces gestes –blog, chat, vidéo témoignage- a quelque chose de désespéré.
Quand la guerre en cours sera finie, je me remettrais à écrire en prenant du temps et des notes. Je regarde la vieille Underwood dans le coffre sous la cage d’escalier. J’hésite.

7 Comments:

Anonymous Anonyme said...

"L’outil tue la pensée par excès de réactivité" ....

Cela me fait penser à ces émissions de Télévision où cela va tellement vite que l'on ne peut filtrer toutes ces infos ...
Et on se retrouve à la fin avec une manière de penser qui n'est pas la notre, dont on nous a gavé ...

Une seule pensée pour des millios de gens .... vive la vitesse !

12:49  
Anonymous Anonyme said...

Et pour un bon journalisme d'investigation, mieux vaut se hâter avec lenteur.

Il est donc devenu urgent d'attendre!

16:09  
Anonymous Anonyme said...

salut denis moi aussi j'ai mon poison d'avril, La blogguite ! la maladie du web 2.0 et surtout du temps réel sur le monde ... sa devient étouffant à force ...
le liens des medecins :)
http://davidaubrun.free.fr/la_bloguite_maladie_du_21_siecle.htm
bien à toi

17:48  
Anonymous Anonyme said...

tout le monde retient son souffle...
http://www.dailymotion.com/video/x3x8xj_radiohead-nude-scotch-mist-version_music

lol

22:10  
Anonymous Anonyme said...

sharkozy moillé pour des "détournements de fonds publics", mais aussi de "prise illégale d'intérêts".

Les infractions présumées auraient été commises entre 2001 et 2003. Or un rapport de la chambre régionale des comptes a été versé au dossier d'instruction, portant sur la gestion du SMISG. Ce document précise ainsi qu'au 31 décembre 2005 – et ce alors que, initialement, la saisine du juge ne dépassait pas 2003 –, la SEM 92 avait perçu du SMISG la somme de 3 833 000 euros, au titre d'une rémunération sur des travaux de construction qui n'ont jamais eu lieu.

Dès lors, une question se pose : le juge doit-il enquêter sur des faits postérieurs à 2003 et donc s'intéresser aux mouvements financiers autorisés par Nicolas Sarkozy, en tant que président du conseil général, mais aussi du SMISG ? Pour le parquet général de Versailles, dans un réquisitoire daté de décembre 2007, "la saisine du juge d'instruction s'étend au-delà de la période allant de 2001 à 2003". Le juge Andreassian répond, le 25 janvier, en estimant que le réquisitoire "n'engage que son auteur, pour autant qu'il ne soit pas sorti de son contexte".

doit on faire sauter clearstream ?

13:27  
Blogger sir nery de perth said...

Cher Monsieur Robert,

Je compte pour ma part me détechnologiser de plus en plus. Je prépare mes adieux. Je suis d'accord avec vous. Il est urgent de prendre son temps.

18:53  
Anonymous Anonyme said...

http://www.archive.org/details/WhatMake1952

14:01  

Enregistrer un commentaire

<< Home